Du 12 mars au 12 avril 2015 -Galerie Louise-Michel, Poitiers

C’est sur l’invitation de Xavier Zimmermann et des étudiants de troisième année de l’EESI-Poitiers participant à l’ARC « Exposer, s’exposer » que j’ai pu concevoir la série « La dormance ».

Ce travail est basé sur l’observation de clichés de l’Europe réalisés durant la nuit par des satellites de la NASA. Les lumières artificielles dominant la géographie du vieux continent, j’ai décidé de m’intéresser aux zones urbaines de l’agglomération Pictavienne délaissées par l’éclairage urbain.

Ce sont les étudiants, sur mes recommandations, qui ont effectué des repérages dans les zones périphériques de la ville de Poitiers. Les lieux photographiés sont d’ordinaire plongés dans l’obscurité et indifférent au regard du commun des citoyens.

Zones urbaines attendant un futur statut, elles sont les coulisses endormies de la ville. Grâce à un fructueux travail de mise en lumière, ces lieux apparaissent au regard sous forme de décors à l’allure majestueuse et silencieuse.

Il m’importait, à l’occasion de cette carte blanche, de révéler un aspect méconnu de la ville et de le proposer à ses habitants.

Mon travail prend souvent place dans la marge, entre ce qui est trop éclairé et ce qui ne l’est pas assez. C’est en premier lieu une position politique, de délaisser l’éclat de l’éphémère pour la stabilité de ce qui œuvre en coulisse. De ce postulat découle mon langage plastique qui n’est pas inféodé à un genre mais s’autorise de les aborder suivant ma réflexion et mon environnement de travail.

A cet égard, La dormance incarne ma problématique exposée sur le territoire de Poitiers.

Régis Feugère

Extraits du Catalogue d’Exposition :

« J’ai rencontré l’artiste lors de ma première année d’enseignement à l’ÉESI, en 2005. Il était alors étudiant en troisième année, et je l’ai tout de suite perçu comme un jeune plasticien. Les qualités à exercer ce métier difficile et exigeant, étaient déjà là : autonomie, sérieux, curiosité et enthousiasme, ainsi qu’une foi inébranlable dans son travail et dans l’art contemporain. […]

C’est donc dix années après, que le choix d’exposer RégisFeugère s’est imposé. Mon travail d’artiste et celui d’enseignant, m’a souvent conduit à élaborer des projets pédagogiques le plus proche possible dela réalité. […] Dans cet atelier, il s’agit pour les étudiants de se confronter à une réalité économique, sociale et politique qu’entraînele commissariat d’exposition. Le travail photographique de Régis Feugère, présenté à la galerie Louise-Michel, est une commande de l’ARC. Les étudiants ont voulu que l’artiste se confronte à l’idée de territoire, et d’espaces urbains. Quatorze grands formats photographiquesen noir et blanc formeront l’ensemble de l’exposition. Le travail met en lumière des espaces anodins de la ville de Poitiers, avec une grande poésie. »

Xavier Zimmermann, professeur à l’EESI de Poitiers, participant à l’ARC.

« Il y a tout juste dix ans, la galerie Louise-Michel et trois ateliers d’artistes adossés à la galerie, voyaient le jour à l’initiative de la Ville de Poitiers, à Bellejouanne, quartier de la ville dans le cadre du développement des Arts Plastiques coordonné par le service Culture et Patrimoine. Missions : accueillir des artistes jeunes ou confirmés, accompagner leurs recherches, soutenir la production d’oeuvres nouvelles et leur diffusion dans une diversité de contextes humains et urbains, nourrir des expériences et dialogues enrichissants auprès de nombreux publics. […] C’est donc naturellement et avec enthousiasme que le service Culture et Patrimoine et la galerie Louise-Michel apportent leur soutien à l’exposition de Régis Feugère et à ses réalisateurs. […] »

Dominique Truco
Chargée de mission pour le développement des arts plastiques
Service culture et Patrimoine, Ville de Poitiers.

La dormance, qu’est-ce que c’est ?

La Dormance, Régis Feugère

« J’ai croisé ce terme pour la première fois en lisant l’ouvrage de Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, voyages en France(1). Voici la définition qu’il en donne : « La dormance est la capacité d’éveil ou de réveil qui se maintient en traversant le temps. »
C’est en réfléchissant à la tonalité des lieux photographiés que ce terme a surgi des notes consécutives à mes lectures. Les lieux explorés à Poitiers – en dehors du fait qu’ils soient photographiés de nuit – semblent attendre un futur, un possible devenir. De plus, techniquement, les formes de vie se plongent dans cet état lorsque l’environnement devient trop hostile pour permettre à la vie de se développer… J’y vois comme une métaphore de ce qui se déroule dans notre monde contemporain. […]

C’est dans la tonalité de mes images que j’installe une ambiance, une trame suggérant une résonance à un fait historique passé. Le territoire européen offre quantité de paysages ayant connu des évènements historiques importants et qui sont pour la plupart occultés de la mémoire collective. C’est précisément cette mémoire insoluble quasiment invisible qui guide mon exploration du paysage. À la surface de mes images se tient toujours une raison précise pour laquelle l’image existe. »

Interview de Régis Feugère, réalisée par Anaïs Marion, élève à l’EESI.
(1) Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, Voyages en France, Seuil, 2011

L’exposition de Régis Feugère a eu lieu du 12 mars au 12 avril 2015, à la Galerie Louise-Michel de Poitiers. Il s’agit de la première exposition organisée entierrement par les volontaires de l’Arc Exposer S’Exposer. Le fichier PDF présentant l’exposition est visible ici. dossier_de_presse